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Si les expressions « démocratie locale » ou « concertation » ne sont jamais prononcées par les exécutifs de Brest et Brest Métropole, leurs déclarations sont émaillées de « collectif », « partage », « propositions », « discussions », « sérénité », « association », « échanges »… Afin de tenter de légitimer leur politique d’austérité — renommée pudiquement « réflexion » —, les exécutifs de Brest et Brest Métropole cherchent donc à laisser entendre qu’ils ne l’imposent pas de manière arbitraire.

Est-ce le cas ?

 

1. Un « processus collectif de réflexion partagée » ?

Après la révélation de projets de mesures austéritaires, Bernadette Abiven affirme dans un entretien avec Le Télégramme paru le 16 novembre : « […] nous avons entamé, dès [2015], un processus collectif de réflexion partagée afin d’envisager les pistes d’évolution concernant nos politiques publiques. » Au-delà du creux de la formule, on ne peut que s’interroger : de quel processus collectif est-il question ?

Le document de travail révélant la préparation d’un plan austéritaire a certes été communiqué aux organisations syndicales après la rentrée 2016, mais déjà achevé. Lors de la publication du document par la presse, les associations n’avaient pas été consultées concernant les baisses drastiques de subventions qui sont envisagées les concernant. Les conseils consultatifs de quartier ne l’ont pas été non plus — la municipalité préférant cantonner ces conseils consultatifs à des sujets comme la couleur de certaines façades ! En 2014 et en 2015 déjà, la municipalité brestoise a imposé des baisses très importantes de subventions aux associations du secteur culturel, et a tenté d’en imposer aux patronages laïques et aux centres sociaux. Comme en 2014 et en 2015, en 2016 c’est seulement parce que les structures de quartier se sont mobilisées que la municipalité a consenti à une négociation avec elles.

Lorsque les échanges n’ont pas lieu avant, mais après les annonces de décisions, on est évidemment très loin d’un « processus collectif de réflexion partagée »…

 

2. Peut-il y avoir une démarche sincère ?

Si aujourd’hui aucune concertation n’est mise en place, une telle démarche pourrait-elle, ou sera-t-elle engagée par les exécutifs de Brest et Brest Métropole ?

Au vu des pratiques actuelles de ces mêmes exécutifs, cela paraît plus qu’improbable. En effet, une démarche de concertation, ou même une simple démarche de consultation (ce qui n’est pas la même chose !) reposent en premier lieu sur la communication d’informations. Or, que les exécutifs travaillent dans le secret ne permet pas la transparence. Même chose avec les documents et les données nécessaires à la compréhension des débats d’orientation budgétaire et du vote des budgets primitifs de Brest et de Brest Métropole : ils ne sont pas communiqués au public, ou sous des formes difficilement exploitables. Là encore, cela ne permet pas des échanges sincères, voire empêche tout échange.

Une simple consultation ou une concertation, si elles étaient sincères, n’auraient pas pour objet de légitimer des décisions déjà prises, ou d’accompagner les élus dans leurs politiques, sans remettre celles-ci en discussion. De même, mettre en place des réunions durant lesquelles les participants peuvent s’exprimer, mais où il ne leur ait pas apporté de réponses, ou durant lesquelles il est feint qu’ils sont écoutés pour les anesthésier et leur faire accepter l’inacceptable, n’est évidemment pas suffisant ou honnête. Pour qu’il y ait échanges, toutes les informations nécessaires doivent être communiquées, et toutes les options possibles, y compris celles contraires aux positions des exécutifs, doivent être envisagées et envisageables.

Le budget 2017 de Brest, voté durant la séance du 2 mars du Conseil municipal, comprenait de premières mesures austéritaires, alors même qu’il avait été annoncé que rien ne serait décidé avant « 2018 ». On ne peut donc que douter de la sincérité des exécutifs de Brest et Brest Métropole. De même, cette séance du Conseil municipal, mais aussi la séance du 17 mars du Conseil de Brest Métropole, constituaient de nouvelles occasions pour voter l’organisation d’une simple consultation, voire d’une concertation. Il n’en a rien été.

 

3. Derrière le flou, des aveux ?

« Procédure de réflexion partagée » fictive, déclarations fluctuantes : la concertation suggérée par les mots ne correspond à aucun acte de la politique menée. Examiner de plus près l’ambivalence de ces déclarations de Bernadette Abiven et de François Cuillandre permet de prendre la mesure de ce que les exécutifs mettent réellement en œuvre.

Dans l’entretien avec Le Télégramme paru 16 novembre 2016, Bernadette Abiven déclare que « Rien ne sera décidé de façon arbitraire ou unilatérale. », et au sujet du « catalogue de pistes », qu’il s’agit « [d’un] document d’aide à la réflexion, qui amène des propositions mais, à ce stade, ces propositions ne sont en aucun cas des décisions ». François Cuillandre, toujours auprès de la presse, dans un entretien paru le 25 novembre 2016, déclare quant à lui : « En aucun cas il ne s’agit de décisions. Le processus va se dérouler en trois temps. […] [Le troisième temps] sera celui de la décision politique, après discussion en interne, notamment avec les syndicats, et en externe, avec nos partenaires. »

Pourtant, Bernadette Abiven assène lors du même entretien paru le 16 novembre 2016 : « Mais en toute logique, nous devons partager nos contraintes actuelles et futures avec nos partenaires. » Que signifie « partager nos contraintes […] avec nos partenaires » ? Affirmer que le résultat de discussions doit être la position des exécutifs ? Mais quel sens auraient alors de tels échanges, pipés par avance ? De même, lors du Conseil municipal du 8 décembre 2016, Bernadette Abiven déclare : « Notre démarche est une démarche anticipée, responsable et collective. Elle s’inscrit dans la durée et associera le moment venu les acteurs du territoire. » Si les acteurs du territoire ne sont pas associés, c’est donc que la « réflexion » n’est pas collective… Par ailleurs, quand aura lieu le « moment » où ils seront associés ? Avant, ou… après, la décision ?

François Cuillandre exprime encore davantage la contradiction des discours des exécutifs de Brest et Brest Métropole. Auprès de la presse, il évoquait donc en novembre « trois temps », et une « décision politique, après discussion en interne […] et en externe […] ». Lors du Conseil municipal du 8 décembre 2016, il s’est fait plus précis : « C’est un document d’aide à la décision, avec une démarche en trois temps. Premier temps, on y est, est-ce que la fiche est discutable ? Pas forcément. C’est l’appréhension, on regarde, on discute, et on voit si elle est discutable. Deuxième temps, si elle est discutable est-ce qu’elle est discutée ? C’est le temps de la décision. On n’y est pas, parce que c’est pas pour le budget 2017 que ces fiches ont été faites. Et puis troisième temps, après comment on les met en œuvre, quelles modalités de discussion, y compris avec les partenaires sociaux, y compris avec le secteur associatif, pour aboutir à la décision finale. » On le voit, la discussion est ici placée après la décision. Il s’agit de voir « comment on met en œuvre » les décisions avec les concernés par celles-ci. François Cuillandre évoque une « décision finale » qui serait l’aboutissement de ces discussions. Il apparaît cependant clairement qu’il ne s’agirait que d’amender à la marge des décisions déjà prises.

Les discours des exécutifs de Brest et Brest Métropole sont-ils contradictoires en raison d’une impréparation, ou d’une éventuelle incompétence ? Peut-être, mais ce serait inquiétant. Il est bien plus probable que ces déclarations fluctuantes, voire floues, sont révélatrices de l’idée que ces mêmes exécutifs se font de la politique. Ainsi, derrière les « trois temps », les « décisions » à « discuter » et les « décisions finales », on perçoit la volonté de mettre en place un processus de légitimation de mesures qui sont en réalité déjà très largement ou totalement décidées par les exécutifs. Or, comme cela a déjà été évoqué, la concertation ne réside pas en de simples réunions d’information durant lesquelles une autorité annonce ce qu’elle a déjà décidé. Il ne s’agit pas non plus de réunions durant lesquelles les concernés par une décision peuvent formuler hypothétiques amendements à la marge, sans pouvoir modifier le fond ou remettre en question ce dont il s’agit. La concertation véritable, pas celle des discours creux ou des refrains de communication, consiste bien en une élaboration collective avec les citoyens, avec des moyens pour la mener, et des conséquences concrètes.

Ce n’est manifestement pas la volonté des exécutifs de Brest et Brest Métropole, qui tentent de cacher l’arbitraire sous de beaux atours.

 

 

* * *

Si des « discussions » s’ouvraient à Brest et Brest Métropole, de quoi s’agirait-il ? D’enchères inversées pour mettre en concurrence les services et les associations ? De débats interminables sur quelques mesures accessoires, comme celles concernant les feux d’artifice ou les illuminations de Noël ? Ceci pour faire avaler le reste du plan ?

Il est facile pour les exécutifs de Brest et Brest de prétendre qu’une concertation a eu lieu, comme il est facile de prétendre que des échanges vont être engagés dans les mois à venir. La réalité demeure : les choix d’attaquer le personnel des collectivités, d’attaquer les services publics, et d’attaquer les associations, sont déjà pris. Ainsi, plusieurs chefs de service ayant contribué à la conception du plan ont déjà permuté leurs fonctions entre eux, afin que ceux qui mettront en œuvre les mesures austéritaires ne soient pas les interlocuteurs habituels des domaines concernés. Alors qu’il était annoncé par les exécutifs que rien ne serait décidé avant 2018, de premières mesures ont d’ailleurs été prises durant le Conseil municipal de Brest du 2 mars, lors de l’adoption du budget 2017.

En cachant la situation financière réelle de Brest et Brest Métropole, en dissimulant l’élaboration en cours d’un plan austéritaire puis en osant le faire passer pour une « modernisation » des services publics, et enfin en tentant de maquiller l’arbitraire de leurs décisions, les exécutifs de Brest et Brest Métropole ne permettent pas l’émergence d’un débat démocratique véritable.

Où est la concertation ?

La pétition « Pour que Brest vive ! »

Agissons ensemble :

453 signatures

Pour que Brest vive !

Les exécutifs de Brest et Brest Métropole projettent d'imposer un plan austéritaire. Ce plan attaquerait durement le personnel des collectivités, les associations, la population.

Signataires de la présente pétition, nous sommes solidaires de l’ensemble du personnel et des associations de Brest et de Brest Métropole ; nous dénonçons l’absence de recherche d’une alternative et le choix conscient des régressions sociales ; nous exigeons le retrait de tout plan austéritaire ; nous réaffirmons notre volonté de maintien et de développement du service public et des politiques publiques, pour le bien de tous.

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